Malgré ces turbulences, source d’incertitude, l’économie mondiale a plutôt bien résisté. Deux éléments ont concouru à la
résilience de la croissance ces derniers mois. D’une part, l’abondance de l’offre a occasionné un reflux du prix du pétrole
(60 $ le baril fin 2025, soit la moitié du cours qui prévalait mi-2022). Par ailleurs, les banques centrales ont dans l’ensemble
assoupli leurs politiques monétaires, bien qu’à des rythmes différents en fonction du contexte économique propre à
chaque pays.
Même si le marché du travail paraît moins dynamique, l’économie américaine devrait ainsi enregistrer une croissance de
l’ordre de 2 % sur l’année, voisine de son potentiel de long terme. La forte hausse des taxes à l’importation n’a par ailleurs
pas suscité un dérapage de trop marqué de l’inflation. En Chine, la demande interne est restée affaiblie, surtout au cours
de la seconde partie de l’année 2025. En revanche, l’excédent commercial, déjà considérable, s’est encore accru. Au sein
de la zone euro, les performances économiques ont été hétérogènes entre une Allemagne pénalisée par le besoin de
revoir son modèle industriel et au contraire l’Espagne portée par une demande intérieure très vigoureuse. Au total, la
croissance serait proche de 1,4 % en moyenne en 2025 (grâce en partie à une performance exceptionnelle de l’Irlande).
L’inflation est revenue en fin d’année juste à la cible de la BCE (2 %). Si la hausse des prix des services demeure soutenue,
elle a été compensée par la baisse des prix de l’énergie.
En France, malgré un contexte politique inédit, le PIB devrait progresser d’environ 0,9 %, un rythme correspondant
quasiment au potentiel. L’inflation française (0,8 % sur un an en décembre) a été l’une des plus faibles de la zone euro,
surtout en raison de la baisse du tarif réglementé de l’électricité en février 2025.
Du côté des ménages, la consommation est restée le maillon faible de la croissance en France. D’une part, le pouvoir
d’achat du revenu disponible n’a que très modérément progressé (les revenus d’activité et les prestations sociales
ralentiraient, dans le sillage de l’inflation passée, les revenus du patrimoine marqueraient le pas avec la baisse des taux
directeurs de la BCE). D’autre part, les ménages ont conservé un taux d’épargne très élevé, dans un contexte de craintes
sur l’avenir. La hausse du taux de chômage est restée toutefois contenue (7,7 % au troisième trimestre, soit + 0,3 point sur
un an). En dépit d’une hausse du nombre de dossiers de surendettement, les autres données sur la solvabilité des
ménages sont plutôt rassurantes (les incidents de remboursement de crédit sont stables alors que les incidents sur
chèque et les retraits de cartes bancaires reculent).
Du côté des entreprises, l’investissement a retrouvé des couleurs à mi-année, en dépit des craintes exprimées dans les
enquêtes de conjoncture. D’une part les conditions financières se sont détendues (d’environ 100 points de base entre le
pic de fin 2023 et fin 2025) pour le coût global de financement. D’autre part, la structure sectorielle de l’investissement se
transforme, avec une montée en puissance des dépenses en informatique qui répondent souvent à des besoins
impérieux, les rendant moins sensibles aux affres de la conjoncture. Par ailleurs, les encours de crédits défaillants se
replient pour les ETI et les grandes entreprises mais semblent plafonner pour les entreprises de taille moyenne.
Le marché de l’immobilier a continué à se redresser début 2025 (transactions plus nombreuses, stabilisation des prix),
sous l’effet de la baisse des taux des crédits à l’habitat. L’anticipation du relèvement des droits de mutation au printemps
a pu jouer aussi par anticipation. De fait, un contrecoup est intervenu à l’été. Après un recul au 2
ème
trimestre, les prix des
logements anciens sont restés inchangés au 3
ème
trimestre. Les taux des crédits immobiliers se sont globalement
stabilisés au cours de la seconde partie de l’année. Après deux années de très forte contraction, la production de crédits
immobiliers s’est vivement redressée début 2025 avant de plafonner.
La BCE achève la normalisation de sa politique monétaire
Politiques monétaires : la BCE a poursuivi la réduction de ses taux directeurs pour amener le taux de dépôt à 2 % en juin
2025. Ce niveau est considéré comme neutre pour l’économie (pas d’effet de soutien ni de freinage). Elle a conservé cette
orientation sur le reste de l’année, compte tenu des développements de la croissance et de l’inflation. Elle a continué à ne
pas réinvestir les tombées de dette de ses programmes d’achats d’actifs (Asset purchase programme (APP) et Pandemic
Emergency Purchase Programme (PEPP)), ce qui a conduit à une diminution de son bilan. Outre-Atlantique, devant les
incertitudes liées au relèvement des droits de douane, la Fed a interrompu l’assouplissement de sa politique monétaire
début 2025. Elle a cependant repris la baisse de son taux directeur à partir de septembre, pour l’amener dans la fourchette
3,5 % - 3,75 %, A ce niveau, il reste cependant supérieur à ce qui estimé comme le taux neutre pour les Etats-Unis (3 %).
Marchés financiers : sur les marchés obligataires, le taux américain a perdu 40 points de base sur l’année 2025, dans un
contexte d’anticipation de baisse du taux directeur de la Fed. De manière plutôt inhabituelle, les taux européens n’ont
pas suivi le taux américain. D’une part, les anticipations pour les taux directeurs de la BCE n’intègrent quasiment plus de
baisse à court terme. D’autre part, l’annonce d’un plan de relance massif outre-Rhin, qui contribuera à augmenter les
émissions allemandes, s’est traduite par un repositionnement du taux allemand. Alors qu’il était ces dernières années
inférieur au taux swap 10 ans (effet valeur refuge), le taux allemand est revenu à hauteur de ce dernier. Le rendement de
l’OAT 10 ans a de son côté été tiré à la hausse par l’incertitude persistante sur la situation politique. Il ne s’est cependant
pas écarté davantage du Bund, terminant l’année à 3,56 % contre 3,19 % fin 2024 (avec un spread de 71 pb contre Bund,
contre 82 pb fin 2024). Un des points saillants de l’année 2025 a été une « normalisation » du Japon après trois décennies
de très faible inflation et de taux bas. Le taux a 10 ans japonais a ainsi dépassé les 2 % en fin d’année, sous l’effet d’une
inflation qui est restée élevée, soutenue par la dynamique des salaires et la faiblesse du yen.
Les différences d’anticipation des politiques monétaires de la Fed et de la BCE et les craintes des conséquences du
relèvement des droits de douane ont progressivement affaibli le dollar contre l’euro, avec une parité qui est remontée au
premier semestre de 1,04 $/€ à fin décembre à environ 1,17 $/€ à mi-année. Sur la seconde partie de l’année, la parité euro-
dollar a oscillé autour de ce niveau.